Le latin un labyrinthe




  

 


A - Le latin : Un labyrinthe, mais livré avec toutes ses clefs !

  Pour vous, amis qui connaissez peu le latin, quelques lignes afin de sortir du brouillard cet acteur mystérieux caché dans « in Sequanos » et cité à tout bout de champ, « l’accusatif ». Il suffit de peu de mots pour comprendre de quoi il s’agit.

  Commençons doucement : le plus souvent, le français ajoute un S à la fin des mots pour marquer le pluriel et un E pour marquer le féminin. Il peut aussi modifier plus profondément le mot : le pluriel de cheval est chevaux et le féminin de poète est poétesse. En français, la fin des mots varie donc plus ou moins.

          En latin, la fin des noms change tout le temps et parfois profondément

  C’est systématiquement que le latin modifie entre autres la fin des noms. C’est sa façon de marquer le singulier et le pluriel, le masculin et le féminin mais aussi la fonction. Par exemple si le loup mange la brebis, loup se dit lupus et brebis ovem. Mais si, ce qu’à dieu ne plaise, la brebis mange le loup, loup s’écrit lupum et brebis ovis. Leur rôle dans l’action a changé donc la forme finale des noms change aussi.

          Et ce n’est pas une petite affaire !

  Car ces formes finales (elles s’appellent des « cas », mot de grammairien à oublier très vite), sont nombreuses, une douzaine par nom ; de plus elles varient selon la famille dans laquelle les noms sont classés (il y en a cinq, appelées « déclinaisons », autre mot de grammairien à oublier très vite) ; enfin, ces « cas » et ces « déclinaisons » existent aussi pour les adjectifs et les pronoms. Le latin exige donc, aujourd’hui comme hier, d’apprendre et de savoir reconnaître ces formes multiples comme instinctivement. Croyez-en les vieux latinistes (ils sont tous vieux maintenant), ça met de l’ordre dans la tête !

  Cette multiplication des formes donne au latin une précision inégalée. Et le lecteur comprend immédiatement si le loup mange la brebis ou le contraire, aussi inattendu que paraisse le régime alimentaire de cette brebis, et même sans changer l’ordre des mots (au contraire du français où le loup passe à la fin si notre brebis insolite le mange).

          Une rigueur renforcée.

  Cette précision est encore renforcée par l’utilisation des prépositions (en français : dans, vers, chez, sur… qui ont leur équivalent en latin) et par la nature du verbe, par exemple s’il marque ou non un mouvement.

  Et là, il faut parler (un peu) de « l’accusatif ». C’est le nom qui désigne les formes que prend la fin d’un nom entre autres quand il désigne un lieu ; encore une fois ces formes sont très variées selon le pluriel ou le singulier, le masculin ou le féminin, et le classement dans une déclinaison.

 Mais attention, pas n’importe quel lieu : uniquement le lieu dans lequel on entre effectivement, à condition 1 - Que son nom soit précédé de la préposition latine « in » qui signifie alors dans ou chez ; et 2 - Que le verbe indique un mouvement (aller, marcher, faire route etc.).

 Une exception : on ne met pas « in » devant les noms de ville ou de petite île quand on y pénètre : pas de « in » devant Alésia.

 Une conséquence : quand le verbe ne marque pas un mouvement, le sens de « in » change, il passe de dans (ou chez) à vers ; par exemple on ne regarde pas dans mais vers le nord, bien que le latin utilise « in » dans ces cas. Règle dont on trouve à Alise-Sainte-Reine une utilisation abusive, pour ne pas dire barbare.

 En résumé, quand dans un texte latin on rencontre un verbe décrivant un déplacement, qu’il est accompagné de « in » suivi d’un nom de lieu dont la fin ait une forme spéciale dite « accusatif », le mouvement se termine dans le lieu ou chez les gens désignés.


          L’esprit d’une langue.

Cet aperçu rapide et ô combien limité des réalités du latin prouve au moins une chose : cette langue n’est pas une langue de hasard. Elle est codifiée à l’extrême. Les mots sont comme chevillés entre eux pour que le sens ne s’en déforme pas. Comment imaginer que toutes ces précautions si méticuleuses pourraient être interprétées librement par chacun, pire, totalement négligées au moment de traduire ?  Cet esprit rigoureux, cette absolue nécessité de suivre exactement les formes, tout ce qui fait l’esprit latin, il faut s’en souvenir au moment de traduire « in Sequanos » sous peine d’un véritable reniement de la langue latine.


          Les trois clefs du Jura sont à vous


  Le latin est un labyrinthe livré avec toutes ses clefs. Ça fait un sacré trousseau !  Mais pour bien traduire « in Sequanos », les trois clefs fournies ici suffisent - déplacement, in, accusatif

 
Quand on vous disait que c’était simple !

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