Le silence imposé, c’était très simple aussi : on ne parlait jamais d’André Berthier ni de ses travaux dans aucune revue ni journal. Quand par extraordinaire on les évoquait c’était pour les réduire à une marotte. Des journalistes venaient parfois se renseigner, repartaient avec des documents, annonçaient la prochaine parution de leurs articles : autant de rêves, rien ne paraissait.

  De temps en temps pourtant un éclair, la parution d’un article voire d’une série : le Monde en janvier 1977 ; en 1982-1983 plusieurs numéros des Dossiers de l’Histoire ; en août 2001, trop tard pour qu’André Berthier pût les lire, plusieurs articles dans Libération mais privés de leur conclusion ; un article dans GEO en 2003
et d’autres encore. A chaque fois l’intérêt public se manifestait avec force mais aussitôt se déchaînait contre André Berthier une rage de falsifications, d’inventions, de dénigrement des historiens antiques, de bidouillage de cartes, d’affirmations éhontées, tous procédés qui durent encore. L’argument était et est toujours le même : Alise-Sainte-Reine est Alésia, c’est prouvé, la communauté scientifique s’y serait unanimement ralliée, les fouilles coûteuses refaites à Alise-Sainte-Reine (1991-1996) le confirmeraient malgré leur stérilité relative et toute discussion serait une perte de temps.

  Peut-être, mais pourquoi se contenter de ces affirmations à sens unique et ne pas accepter le moindre débat ?

  Alise-Sainte-Reine serait-elle si difficile à défendre et la découverte d’André Berthier impossible à contester point par point ?  Et s’il n’y avait rien dans le Jura comme on le prétend, pourquoi ne pas y laisser faire de fouilles qui l’établiraient définitivement ?  Ce sont les questions auxquelles ne répondirent jamais les dizaines de livres écrits pour défendre Alise-Sainte-Reine et décrier le site du Jura, qu’André Berthier lisait avec philosophie.




  Les soutiens existaient pourtant. Il ne faudrait pas croire que tous les efforts tentés pour entraver l’activité d’André Berthier et la diffusion de son œuvre aient fait de lui un solitaire. Bien au contraire. Certes, l’écrasante majorité de ses collègues hésita, c’est le moins qu’on puisse dire, à le soutenir publiquement : dame, on y allait de sa carrière. Il se créa cependant autour de lui un cercle toujours plus grand de personnes convaincues de la haute valeur de ses recherches et de sa découverte : après André Chamson, des archéologues dont certains partagèrent les travaux sur le terrain quelques années, des historiens, comme le président de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres, Pierre Grimal (1912-1996), des militaires de très haut rang que César ni Vercingétorix vus sous un jour nouveau ne pouvaient laisser indifférents, et des correspondants spontanés qui se manifestaient par toute la France et parfois d’au-delà des frontières.
















 




  Trois de ses compagnons apportèrent encore à ses travaux des compléments d’importance : René Potier, par ses analyses croisées des témoignages, André Wartelle par son exceptionnelle connaissance des textes anciens et Jacques Berger, par ses recherches incessantes sur le site et l’élan qu’il maintint dans l’association A. L. E. S. I. A. durant sa présidence.

  Car en 1980 fut créée l’Association Lemme et Saine d’Intérêt Archéologique, (ALESIA) à la fois pour fédérer ses soutiens, répondre aux attaques et aux erreurs des partisans d’Alise-Sainte-Reine et publier les études les plus propres à compléter sa découverte. Cette association eut un rayonnement considérable si l’on songe à la relative faiblesse des moyens de communication comparés à ceux d’aujourd’hui.

  Dans ce groupe de travail, il  maintenait l’orthodoxie de sa découverte, se montrait toujours disposé à entendre les avis qu’on lui donnait, écoutait les critiques, soupesait attentivement la valeur des objections et des idées qui lui étaient exposées, et savait s’adapter à des inflexions légitimes. Il accueillait ainsi tous les avis sans mettre en avant ses titres ni son immense expérience ni aucun argument d’autorité. C’est par l’action d’ A.L.E.S.I.A. que se maintint l’étincelle.

  
  Elle faillit s’éteindre en 2005 quand, André Berthier disparu, l’A.L.E.S.I.A. changea de nom et d’objectif. La création de L’Association André Berthier, Centre d’Étude de l’Alésia Jurassienne , (A.A.B. cédaj), permit de prendre le relais.

ALESIA  L’énigme de notre histoire nationale
(Page 3/3 des Notes biographiques sur André Berthier)

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  Cependant, en 2008, M. Michel Reddé accepta l’enregistrement d’une émission de télévision où il espérait pouvoir exposer sans risque ses vues habituelles sur Alise-Sainte-Reine et sur l’inexistence du site du Jura. Son interlocuteur lui posa des questions fort simples qui le mirent tellement en difficulté que les tribunaux furent priés d’interdire la diffusion de l’émission au nom du droit à l’image !  Il est vrai qu’il n’en donnait pas une bien fameuse, ni d’Alise-Sainte-Reine ni, hélas, de lui-même. Finalement l’émission put être diffusée sur Canal + le 12 décembre 2008 sans les maquillages exigés. Entre deux pénibles dérobades on y entendit des énormités qui marquèrent… Permanence des habitudes : affirmer sans discussion et, quand le débat s’impose, la fuite. C’est la plus simple et la seule défense d’Alise-Sainte-Reine. Quelques dizaines d’années plus tard, il semble bien que ces replis stratégiques ne suffiront plus très longtemps.


 Une exception notable en 1998 : un colloque sur l’Alésia antique où se retrouvèrent face à face et en public les hérauts des deux camps. On allait enfin apprécier directement la valeur des arguments de chacun, et à la loyale. Malheur !  Un contretemps interdit à Monsieur Michel Reddé, le plus haut fonctionnaire de l’archéologie et pape d’Alise-Sainte-Reine, de rester pour participer au débat. Il fila. Et voilà comment une regrettable erreur de secrétariat l’aurait empêché d’écraser la découverte d’André Berthier une fois pour toutes et devant deux ou trois cents spécialistes réunis pour l’entendre enfin s’expliquer. Étrangement, il ne voulut plus jamais courir le risque d’un débat.

Colloque sur Alésia dans le Jura - février 1998

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Pour mieux connaître la vie d’André Berthier :
« André Berthier, un homme, une œuvre »
de Claire Berthier et Daniel Coulon.

  Personne n’oserait citer parmi les soutiens d’André Berthier le grand latiniste et historien Jérôme Carcopino qui fut son adversaire et pourtant… Dans une défense d’Alise-Sainte-Reine en deux temps qu’il voulut décisive, il démontra d’abord de toute sa science inégalée de latiniste que l’Alésia antique était sur le territoire d’une tribu jurassienne comme le savait André Berthier ; dans un second temps il imagina qu’une partie de cette tribu se serait installée autour d’Alise-Sainte-Reine, heureux hasard, juste avant le siège. Alise-Sainte-Reine aurait donc bien été sur le territoire d’une tribu jurassienne comme le dit César.

  Mais si le texte de César est ici respecté à la lettre comme il doit l’être, le déplacement imaginaire de la tribu n’est qu’un tour de passe-passe. Même les autres partisans d’Alise-Sainte-Reine le refusent totalement. Il ne reste donc de cette démonstration manquée  que le premier terme : l’Alésia antique est sur le territoire d’une tribu du Jura… qui pour tout le monde est restée dans le Jura !  Tel est le soutien irrécusable bien qu’involontaire que Jérôme Carcopino apporta à André Berthier.

Jérome CARCOPINO - 1958

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  LA CHRONOLOGIE DE LA GAULE PRÉ-ROMAINE est sérieusement remise en question par la découverte d’André Berthier. Avant lui cette chronologie reposait presque entièrement sur Alise-Sainte-Reine au nom d’un postulat d’une parfaite simplicité : puisqu’un siège s’y était déroulé en -52, tout objet qui pouvait être trouvé dans les travaux liés à ce siège, une fibule par exemple (épingle à fermoir), datait bien entendu de -52 ; et si ailleurs, même très loin, même dans des conditions aussi différentes que possibles du site d’Alise-Sainte-Reine, à côté d’une fibule identique se trouvait une amphore, elle aussi était datée de -52 ; et si ailleurs encore et toujours quelles que soient les conditions des lieux, cette même amphore voisinait avec un objet archéologique quelconque, cet objet quelconque datait aussitôt de -52  et ainsi de suite : de fil en fibule, des pans entiers de la chronologie gallo-romaine précoce reposent sur l'axiome préconçu de la date du siège d’Alise-Sainte-Reine.

  Que se passe-t-il si le fameux siège de -52 n’a pas eu lieu à Alise Sainte-Reine ? Et que se passe-t-il si ce sont les vestiges de sièges ultérieurs que les fouilles y ont révélés ? Car il y en a eu ; et si certains peuvent ne pas avoir été encore répertoriés avant la campagne de pacification d'Auguste (-27), d'autres sont historiquement connus comme en 21 de notre ère (révolte de C. Silvius), en 68 (Vindex), en 196, (Septime Sévère) ?  Laquelle de ces dates ou périodes faut-il prendre comme référence pour dater les objets retrouvés ici ou là ? Et Alise-Sainte-Reine peut-elle être encore invoquée pour fonder une chronologie irréfutable ?

  C’est la plus terrible question qu’André Berthier pose aujourd’hui encore aux archéologues et aux historiens. Lui donner raison sur la localisation de l’Alésia antique serait déjà renier un dogme national mais enfin, ce ne serait qu’une correction géographique. Or il y a bien pire : ce serait mettre à bas bientôt deux siècles d’études sur les chronologies gauloise et gallo-romaine, reconnaître la nécessité de réviser sans à priori ces périodes historiques et avouer d’inconcevables erreurs. En réalité, voilà pourtant qui devrait pousser plutôt à un programme urgent de recherche qu’aux dénégations désespérées dont retentit Alise-Sainte-Reine.







  André Berthier est décédé le 12 décembre 2000 à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Sa vie est exemplaire à un double titre. Pour ses travaux d’abord mais aussi pour l’acharnement profondément immoral, inique, avec lequel les responsables institutionnels de l’histoire et de l’archéologie voulurent le condamner au silence et lui interdirent les fouilles alors que sa découverte de l’Alésia antique dans le Jura ouvre un champ immense à la véritable recherche des origines de la Gaule et de cette étape de sa romanisation. Leur nécessité apparaît pourtant dès qu’on visite le site : chose incroyable mais révélatrice d’une incurie orchestrée, aucun responsable de l’archéologie n’a jamais accepté de passer une seule journée entière avec André Berthier à parcourir quelques-uns des lieux remarquables répartis sur les centaines d’hectares qu’il avait prospectés avec succès.

  
Pour devenir ce grand chercheur à l’esprit pionnier qui n’admettait aucun a priori, André Berthier refusa de suivre dans leurs ornières les voies tracées par ses prédécesseurs. Il joignit à un talent éclatant une méthode de travail libre, menée à chaque fois à son terme ultime avec un courage discret mais inflexible ; le même qui le conduisit à s’engager et combattre en 1944 dans l’armée qui débarqua en Italie.

  Il souffrit certainement de l’ostracisme dont il fut la victime et pourtant… Combien de ses injustes contempteurs ne rêvent-ils pas secrètement d’accrocher leur nom à la hauteur ne serait-ce que d’une seule de ses réalisations ?  De reproduire une autre Tiddis, d’expliquer un autre Jugurtha, de révéler enfin dans sa vérité un site aussi célèbre que méconnu, comparable, si possible, à celui de l’Alésia antique ?

  
Ces hommes pourtant savants qui le combattent encore tant d’années après sa mort se rendent-ils compte de l'hommage qu'ils lui rendent ?

  Lequel d’entre eux sera assez iconoclaste et courageux pour s’y illustrer ?  Les chercheurs des générations qui montent voudront tous, et certains le voudraient déjà s’ils n’étaient bridés, participer un jour prochain à cette exhumation trop retardée de l’Alésia antique d’André Berthier.

  Car indépendamment de l’importance de ses autres travaux, sa découverte de l’Alésia antique ouvre un champ immense à la véritable recherche des origines de la Gaule Romaine : l’Alésia du Jura avec son oppidum celte, ses monuments cultuels (avérés ou présumés), rares témoins d’une longue tradition oubliée ailleurs en Gaule, ses remparts et sa ville toujours inexplorée ; avec les vestiges romains du siège, visibles sur des centaines d’hectares ; avec ce lieu d’une gigantesque bataille de cavalerie (Crotenay), complément gémellé de l’oppidum et resté inconnu jusqu’à lui ; avec le tracé de la voie antique qui reliait la Gaule à Genève ; avec tout cet ensemble perdu depuis 2 000 ans et qu’il a retrouvé intact, son Alésia est un paradis pour archéologue et, sans conteste, la plus grande découverte archéologique faite en France au XXème siècle.

  Maintenir le silence autour de l’Alésia d’André Berthier n’est plus possible. Les média ont découvert la vérité des recherches, la force de la démonstration, la solidité de l’œuvre et la réalité des lieux. La voix d’André Berthier se fait entendre plus fortement chaque année. L’opinion publique peut enfin découvrir son œuvre exceptionnelle.

  Personne ne doute que son œuvre ne finisse par s’imposer. Alors chacun saura quel vrai et grand savant fut André Berthier.