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L’AAB cédaj

André Berthier

L’Alésia du Jura

Prélude au siège jurassien

L’AAB et l’archéologie

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Les étapes scientifiques de la découverte - page 1/3

  Au début des années 60, André Berthier est Directeur des Archives de l’Est algérien et réside à Constantine. A ce moment, la situation politique du pays entraîne l’arrêt provisoire de ses activités de terrain. Un livre de Jérôme Carcopino sur la localisation de l’Alésia antique à Alise-Sainte-Reine venait de paraître. Les contradictions avérées qu’il vit comme beaucoup d’autres dans l’ouvrage, et le temps dont il disposait du fait de l’arrêt de ses chantiers l’amenèrent à reprendre l’analyse du dossier. Il procéda par étapes. Conscient des faiblesses du site d’Alise-Sainte-Reine, il définit une méthode théorique de recherche et alla ensuite vérifier sur le terrain les résultats que sa méthode pouvait obtenir. C’est ainsi qu’il découvrit dans le Jura un site infiniment plus probant que ne peut l’être Alise-Sainte-Reine.

  Lorsque Napoléon III choisit de placer l’Alésia antique à Alise-Sainte-Reine il s’appuya sur une tradition tardive, mal établie et reposant avant tout sur un texte très contestable apparu presque 1 000 ans après les faits, et sur la ressemblance trompeuse des noms d’Alise et d’Alésia (pourquoi pas toute autre ville comportant une ressemblance quelconque avec Alésia ?).

Jules Quicherat - (1814 -1882)

  Ce ne fut pas le cas. Dès les premières proclamations impériales des résultats obtenus, les protestations affluèrent, et des plus sérieuses, venant de savants reconnus dont des archéologues : Jules Quicherat (le directeur de l’Ecole des Chartes), Alphonse Delacroix, Auguste Castan, Ernest Desjardins, Victor Revillout, d’autres encore. On citera aussi l’académicien Ludovic Halévy qui tout bien considéré déclara : « C’est décidément un auguste fiasco » ; et plus tard André Piganiol archéologue et historien réputé parla froidement de « truquages ».

  André Berthier avait donc les meilleures raisons de s’interroger sur la localisation de l’Alésia Antique.

  André Berthier reprit la question à la base. Il considéra que la ressemblance entre les noms (Alésia, Alès, Alaise, Alise etc.) ne suffisait évidemment pas et les quelques données historiques imprécises traditionnelles non plus. De plus, fort de son expérience d’archéologue précurseur tant à Tiddis que sur les pas de Jugurtha ou dans ses autres recherches en Numidie, il savait que la signification des vestiges archéologiques gagne en fiabilité chaque fois qu’ils sont en harmonie avec les textes anciens qui les décrivent ou les évoquent.


  Archéologue de terrain, André Berthier est aussi et avant tout paléographe et latiniste hors pair. Son premier travail fut donc de reprendre dans le détail le texte de César. Il voulut réunir toutes les données éparses dans son texte et dresser un tableau aussi complet que possible des caractéristiques de l’Alésia antique. Dans un esprit de critique scientifique, il en établit une liste sans aucun a priori, et tout particulièrement sans chercher ni à favoriser un site plutôt qu’un autre parmi ceux dont les noms avaient pu être prononcés ni à renforcer telle ou telle école historique.

  C
’est ainsi que de l’examen du texte de César il tira quarante composantes toutes référencées, toutes indéniables, toutes essentielles. Une fois ces données réunies, il les répartit en trois groupes : les composantes géographiques, portrait physique des lieux ; les composantes tactiques, l’enchaînement des événements militaires ; et les composantes stratégiques qui forment le ressort de la campagne de -52 et en donnent le sens.

LES QUARANTE COMPOSANTES DU PORTRAIT-ROBOT D’ANDRE BERTHIER

D’après André Wartelle
Docteur es Lettres



    D’autres historiens connus avaient évoqué l’Alésia antique, une dizaine et même onze en comptant Planude. Celui-ci vivait au XIIIème siècle, ce qui est tardif ; il traduisit en grec un manuscrit latin perdu depuis mais qui contenait manifestement des précisions intéressantes qui nous sont ainsi parvenues.


  C’est Diodore de Sicile, contemporain de César et connaissant donc forcément son épopée, qui parle d’Alésia comme d’une très grande ville, (elle pouvait donc accueillir un grand nombre de guerriers). Il précise qu’elle est « inexpugnable » (César dit qu’Alésia ne pouvait être prise que par un siège). Il ajoute que c’est « la métropole religieuse de toute la Celtique » et André Berthier trouvera sur place confirmation du fait.

  C’est Plutarque qui redit qu’Alésia passait pour « imprenable en raison de la taille de ses remparts » (qu’André Berthier retrouvera) et « du nombre de ses défenseurs » (autre preuve que la ville pouvait recevoir nombre de guerriers). C’est lui aussi qui nous dit que la bataille de cavalerie de la veille du siège se déroula dans le Jura, loin d’Alise-Sainte-Reine.

  C’est Dion Cassius qui nous apprend que Vercingétorix renvoya sa cavalerie par manque de fourrage ; que César refusa d’accueillir les bouches inutiles gauloises chassées de l’oppidum dans l’espoir que s’ils retournaient dans la ville, les vivres s’y consommeraient plus rapidement et quelques autres détails ; mais le plus important c’est que lui aussi mette la bataille de la veille du siège chez les Séquanes, dans le Jura.

  C’est Strabon qui nous confirme que les Séquanes vivaient à l’est de la Saône et dans le Jura.

  C’est Florus qui dit qu’Alésia est une place « imprenable », très élevée, et que les deux rivières ont « des rives escarpées » ; lui aussi qui laisse entendre que l’Alésia antique fut incendiée par les Romains après la reddition, ce qui était leur usage ordinaire durant toute la guerre des Gaules ; or à Alise, il n’y a aucune trace d’incendie à cette époque mais bien plus tard, alors ?


  Ce qui est surprenant, c’est que si ces auteurs ne furent pas ignorés totalement par les partisans d’Alise-Sainte-Reine, ils furent en tout cas longtemps tenus pour négligeables. Et ceci à tel point que Jean-Yves Guillemain put écrire en 1990 sans être démenti : « La vérité est que dans le débat plus que centenaire et qui dure encore, les textes n’ont jamais été examinés à fond » (aujourd’hui, on les nie tout simplement). Il y a deux raisons à cela:

  La première est que ces textes qu’ils soient latins ou grecs donnent des informations générales ou détaillées qui jamais ne contredisent César mais bien au contraire le confirment. Or la première ligne de défense des partisans d’Alise-Sainte-Reine est de prétendre que César a pour le moins brodé, enjolivé voire inventé de toutes pièces les événements. Et chaque fois qu’Alise-Sainte-Reine montre ses différences énormes avec le texte de César, leur étalage gênant se conclut par un lapidaire : « C’est bien la preuve que César ment ! » Belle démonstration qui vaut pour la topographie irréelle, les fortifications qui ne font pas la taille, les effectifs qui ne pourraient tenir sur le Mont-Auxois, la localisation des camps, bref, pour tout. Évidemment soutenir que César affabule est déjà difficile, mais faire le même reproche en bloc et en détail à dix historiens, c’était une tâche qu’on préféra longtemps différer.

  Quant à la seconde, elle laisse encore aujourd’hui les partisans d’Alise-Sainte-Reine sinon sans voix, la chose semble impossible, du moins sans parade sérieuse. Passe encore que César ait écrit que l’Alésia antique fut dans le Jura (le fameux « in Sequanos ») : en s’échinant sur la grammaire latine, en la reconstituant comme on faisait jadis des dinosaures en mélangeant leurs ossements, on peut essayer de plaider qu’il finit par atterrir en Bourgogne. Mais quand ils sont deux de plus, et qu’ils se nomment Plutarque et Dion Cassius, et même trois avec Planude, la situation devient désespérée. Le désossement grammatical tenté sur le latin de César ne peut rien sur la grammaire grecque trois fois présente ni sur l’irréfutable Jura du géographe Strabon, cinquième témoin.

  Que de têtes à couper pour avoir raison !

  Après avoir longuement analysé ces auteurs, on ressent quelque chose de triste à voir les efforts de Michel Reddé et des siens pour essayer de tordre le texte et les bras de César, échapper à l’étreinte de Plutarque, oublier Planude et renier furtivement Dion Cassius : n’écrit-il pas que ce dernier ne devrait pas être pris au sérieux car entre lui et César il y a quasi le même délai qu’entre nous et la fin du règne de Louis XIV ?  Que pouvait-il connaître encore d’Alésia ?  Michel Reddé ne sait donc rien ni de Denain (1712) qui sauva le royaume, ni plus avant de Rocroy (1643) ni mieux encore du panache blanc d’Henri IV à Ivry (1590) ! Laissons à Jérôme Carcopino, pourtant partisan d’Alise-Sainte-Reine lui aussi et maître historien le soin de juger: « Vague prétexte ! » a-t-il écrit de ce piteux argument indigne d’un Professeur au Collège de France.

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Alésia respectueuse des textes

  La lecture du texte de César permet de dresser une liste de 40 composantes qui définissent nécessairement le site d'Alésia. On peut déterminer des composantes géographiques, au nombre de dix huit ; des composantes tactiques, au nombre de quatorze ; des composantes stratégiques, au nombre de huit.

I -    Les composantes géographiques (numérotées de 1 à 18)
       
II -  Les composantes tactiques (numérotées de 19 à 32)
                 
III - Les composantes stratégiques (numérotées de 33 à 40)

IV -  Les historiens de l'antiquité et Alésia

Clef romaine authentifiée de l'époque de César

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Deuxième étape
La définition théorique de l’Alésia antique

Première étape
Faiblesses et contradictions d’Alise-Sainte-Reine

Les tribus gauloises à la fin de la conquête romaine - Un nouvelle logique géographique

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Eric Auxerre

Quoi qu’il en fût, si les textes des historiens antiques, la topographie des lieux et le résultat des fouilles avaient sans équivoque confirmé ce choix, il se serait imposé sans peine.

 Les zones colorées représentent les parties de la Gaule précédemment conquises et administrées par les Romains.

 Remarquer que le territoire des Allobroges où César dit vouloir se rendre est le point le plus au nord des Gaules conquises où César se trouverait à l’abri en terre romaine. Sa capitale, Genève, est directement accessible en traversant le pays des Séquanes (Sequani sur la carte).

  Avec trois autres historiens anciens, César dit bien aller chez les Séquanes qui vivent dans le Jura. De leur côté, les historiens actuels estiment qu'il est parti de la région de Langres et a bien pris la route de Genève. Or l'oppidum découvert par André Berthier est littéralement "posé" sur cette route, à proximité de Genève. Voilà pourquoi Alise-Sainte-Reine est géographiquement une impossibilité.

Pour comprendre cette naissance, cliquez sur l’image

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Le latin, l’Alésia antique et le Jura